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Les États-Unis et la Chine se préparent au combat spatial avec des satellites chasseurs et des armes orbitales
information fournie par Reuters 02/09/2026 à 14:39
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En juin, un mystérieux avion spatial chinois sans pilote suivi de près par les analystes militaires américains, a déployé un petit satellite à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de la Terre, dans une région orbitale où se côtoient de nombreux satellites commerciaux et militaires.

L'objet a ensuite effectué une boucle autour d'un autre satellite chinois avant de revenir vers l'avion spatial, selon la société américaine de suivi spatial LeoLabs. On ne sait guère grand-chose de plus au sujet de ce satellite et de cette mission.

L'armée américaine exploite elle aussi un avion spatial secret, également sans équipage et ressemblant à une petite navette.

Ces deux programmes reflètent l'évolution rapide du domaine des opérations spatiales militaires, alors que Pékin et Washington se préparent à l’éventualité d’un conflit qui pourrait s’étendre à l’orbite terrestre, selon une analyse de Reuters fondée sur des documents, des données de suivi spatial et des entretiens avec des responsables militaires actuels et anciens.

Des chercheurs chinois liés à l'armée développent des technologies allant de satellites capables de poursuivre - voire de capturer - à d'autres engins spatiaux, en passant par des systèmes destinés à prolonger leurs réserves de carburant lors de telles opérations, selon une analyse menée par Reuters de documents de brevets, d'avis de marchés publics et d'articles universitaires.

Par ailleurs, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont mené leur première opération militaire conjointe dans l'espace sur la trajectoire d'un satellite espion chinois présumé, selon des données commerciales de suivi spatial.

"Les Chinois développent rapidement leurs capacités", notamment des armes terrestres et spatiales conçues pour perturber ou détruire des cibles, a déclaré en juillet le général Chance Saltzman, chef des opérations spatiales de la Force spatiale américaine, qui doit prochainement prendre sa retraite. La menace chinoise est "substantielle", a-t-il ajouté.

Les satellites sont devenus indispensables à la guerre moderne, comme l'ont démontré les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Depuis des décennies, ils fournissent aux forces armées des services de communication, de navigation et de renseignement. Une fois placés en orbite, ils suivaient généralement des trajectoires fixes.

De plus en plus, cependant, les armées considèrent les satellites comme des plateformes d'armes actives, capables de mener des attaques en brouillant ou en aveuglant au laser les systèmes d'un satellite adverse, voire en capturant des engins spatiaux ennemis.

Une perturbation des capacités spatiales américaines "paralyserait notre immense appareil militaire dans la sphère terrestre", affectant tous les domaines, de la surveillance à la défense antimissile, a déclaré Everett Dolman, ancien professeur à l’Air War College de l’armée de l’air américaine.

En raison de leur agilité et de leur capacité à déployer des satellites ou à transporter du fret, les avions spatiaux pourraient être perçus par les adversaires des États-Unis comme de potentiels "chasseurs spatiaux", a-t-il ajouté.

LES ALLIÉS SE JOIGNENT AUX EFFORTS AMÉRICAINS

Cette concurrence croissante intervient alors que l’orbite terrestre devient de plus en plus encombrée. SpaceX exploite environ 11.000 satellites Starlink et ambitionne de déployer une vaste constellation de centres de données spatiaux dédiés à l'intelligence artificielle. La Chine met en place des réseaux concurrents, tandis que le projet de bouclier anti-missiles de Donald Trump "Dôme d'Or" prévoit le déploiement d’intercepteurs spatiaux.

Les États-Unis perfectionnent également des capacités qui pourraient s’avérer cruciales lors d’un futur conflit.

Lors d’une opération américano-britannique menée en septembre dernier, les forces spatiales américaines, opérant depuis une base du Colorado, ont dirigé un satellite militaire américain à proximité d’un satellite britannique, tandis que le satellite chinois Shiyan 12-01 passait à environ 83 kilomètres en dessous d’eux, selon la société de renseignement spatial Slingshot Aerospace. À cette altitude, les spécialistes considèrent cette distance comme relativement proche.

Trois experts du secteur spatial issus des milieux militaires ont déclaré à Reuters que l’opération semblait destinée à envoyer un signal à Pékin, notamment à la société de suivi spatial COMSPOC.

Andrew Turner, ancien officier supérieur de l’armée de l’air britannique à la retraite, devenu consultant spatial, a déclaré qu’il s’agissait "presque certainement d’un signal stratégique adressé à la Chine" visant à démontrer l’unité et les capacités des alliés, ainsi qu’un avertissement de ne pas interférer avec le satellite britannique.

Les États-Unis et le Royaume-Uni ont annoncé publiquement cette opération, la première connue entre deux membres de l’alliance de renseignement "Five Eyes" (les Cinq Yeux), sans toutefois révéler sa proximité avec un engin chinois. Une grande partie de ce qui se passe dans l’espace reste classée secret d’État en raison de ses implications en matière de renseignement.

Le Commandement spatial américain a déclaré à Reuters que cette mission démontrait la capacité à collaborer avec des alliés dans l’espace. Le ministère britannique de la Défense a indiqué que l’espace prenait une importance croissante dans les opérations militaires et que Londres et ses partenaires menaient des opérations orbitales avancées pour protéger leurs intérêts nationaux et militaires. Aucun des deux n’a commenté la proximité de l’opération avec le satellite chinois.

Le prochain chef des opérations spatiales de la Force spatiale américaine, le lieutenant-général de corps d’armée Douglas Schiess, avait participé à l’opération. Dans une interview accordée peu après, il a déclaré que le fait d’opérer à proximité d’un autre engin spatial pouvait permettre de vérifier si un satellite allié fonctionnait correctement ou de déterminer si un adversaire "faisait quelque chose qu’il ne devrait pas faire". Il avait alors refusé de préciser si le satellite d’un autre pays se trouvait à proximité.

Le Royaume-Uni a récemment révélé que cette mission s’était déroulée parallèlement à un déploiement naval dans la région indo-pacifique.

Utiliser l’espace non seulement pour soutenir les opérations militaires sur Terre, mais aussi pour influencer leur issue, est "vraiment, vraiment important", avait déclaré en avril le général de division Paul Tedman, alors chef du Commandement spatial britannique. Il a depuis pris sa retraite de l’armée.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré ne pas connaître les détails de l’opération américano-britannique. D’une manière plus générale, Pékin s’oppose à la militarisation de l’espace et soutient son utilisation pacifique, a précisé le ministère, tout en accusant Washington d’attiser une course aux armements par le biais d’initiatives telles que le système de défense antimissile "Dôme d'Or" et d’éventuelles armes spatiales.

Interrogé sur Shiyan 12-01 et l’avion spatial chinois, le ministère a déclaré ne disposer d’aucune information. L’agence de presse officielle Xinhua a indiqué que Shiyan 12-01 effectuait des études de l’environnement spatial, et que l’avion spatial était un engin expérimental au service de l’utilisation pacifique de l’espace.

La Force spatiale américaine affirme que son propre avion spatial mène une série de tests et d’expériences.

ARMES SPATIALES

Le général Stephen Whiting, chef du Commandement spatial américain, a souligné à plusieurs reprises l’importance de l’espace dans la guerre moderne, avertissant que les adversaires développaient des capacités destinées à priver les États-Unis de l’accès à des systèmes clés et à réduire leur efficacité militaire. Selon lui, les adversaires chercheraient probablement à cibler les ressources spatiales américaines dès le début d’un conflit.

Pour contrer ces menaces, les États-Unis doivent adopter une posture de combat plus active dans l’espace, estime Stephen Whiting. Cela implique non seulement de protéger les systèmes américains, mais aussi d’être prêt à menacer ou à frapper des cibles hostiles si nécessaire. Il a appelé à la mise en place d’intercepteurs orbitaux et d’autres armes.

"Nous devons être bien préparés à un conflit dans l’espace. Et si la dissuasion échoue, nous combattrons et nous vaincrons", a-t-il déclaré lors d’une conférence en avril.

Les responsables occidentaux mettent en garde contre toute une série de menaces, notamment les lasers terrestres, les brouilleurs électroniques, les cyberattaques et les missiles antisatellites.

En orbite, les États-Unis, la Chine et la Russie exploitent des satellites manœuvrables capables de s’approcher d’autres engins spatiaux et de les inspecter. Ces systèmes pourraient être adaptés pour emporter des armes, notamment des lasers ou des projectiles. Des responsables occidentaux affirment que Pékin et Moscou ont démontré des technologies susceptibles de menacer les satellites américains et alliés.

Les États-Unis ont également accusé la Russie de développer une capacité antisatellite reposant sur un satellite conçu pour transporter une arme nucléaire. Moscou dément développer une telle arme.

Paul Tedman, dans une interview accordée à l'automne dernier, a déclaré que les armées considéraient désormais les satellites comme des "systèmes d’armes" capables de manoeuvrer et de combattre. L’Occident "travaille d’arrache-pied pour conserver son avantage stratégique dans l’espace", a-t-il ajouté.

Certains spécialistes soulignent qu’il reste plus facile de perturber le fonctionnement des satellites depuis la Terre que par le biais d’attaques entre engins spatiaux.

Dans une rare révélation sur ses capacités, la Force spatiale américaine a annoncé en juin avoir mis en service une arme électromagnétique terrestre fournie par L3Harris Technologies, conçue pour neutraliser ou perturber les satellites adverses.

"DOGFIGHTING" ET SATELLITES CHASSEURS

Bien que les États-Unis restent la première puissance spatiale mondiale, la Chine accroît rapidement le nombre de satellites qu’elle exploite et la complexité de leurs missions.

Des satellites chinois ont démontré ce que des responsables américains qualifient de combat rapproché ("dogfighting") orbital, avec plusieurs engins se déplaçant de manière synchronisée à faible distance les uns des autres. Des appareils chinois ont également montré leur capacité à capturer un satellite hors service et à le placer sur une autre orbite.

L’an dernier, la Chine a mené ce qui semblait être une tentative de ravitaillement en orbite, selon un responsable de la Force spatiale américaine. Une telle capacité constituerait une avancée majeure, les satellites étant normalement limités par leur réserve de carburant au lancement. La capacité à se réapprovisionner pourrait déterminer si un engin spatial reste un chasseur ou devient une proie.

Les institutions chinoises développent de nouvelles capacités. Des documents relatifs à des brevets montrent que le constructeur de certains des avions militaires les plus avancés de Chine a acquis une technologie permettant aux satellites de calculer de manière autonome des manoeuvres économes en carburant lorsqu’ils poursuivent un autre engin spatial.

Par ailleurs, un avis de transfert de technologie publié par l’Université nationale de technologie de défense décrit un système arrivé à maturité capable de gérer simultanément des centaines de satellites à des fins défensives et opérationnelles.

Des chercheurs d’une autre grande université chinoise entretenant des liens étroits avec l’armée ont également mis au point des satellites de poursuite, notamment des concepts impliquant plusieurs engins spatiaux utilisant des filets pour capturer des cibles, selon des documents liés aux brevets.

Les institutions concernées et l’Armée populaire de libération n’ont pas répondu aux demandes de commentaires. Des capacités orbitales telles que le ravitaillement ou la capture de satellites peuvent toutefois avoir des applications non militaires.

Le journal officiel de l’armée chinoise, le PLA Daily, a déclaré dans un éditorial de 2022 que le contrôle de l’espace était essentiel pour préserver la sécurité nationale, prendre l’initiative stratégique et remporter la victoire en cas de guerre.

(Reportage de Cassell Bryan-Low, Joey Roulette et Eduardo Baptista, version française Elena Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)

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